Et ces coquins casqués et cruci-gammés se dépèchent de filer dans le Telemark, qui non seulement est le berceau du ski ("Schhhwwwssssshh"), mais qui en plus abrite un site d'intérêt industriel (et militaire du coup) à l'époque : la centrale de Vemork, propriété de la société Norsk Hydro...
L'usine de Vemork, dans un pur style Red Alert. Mais qu'est-ce qui se cache dans cette usine, à l'abri des montagnes du Rjukan, qui peut intéresser à ce point les nazis?
Et bien cette usine produit de l'electricité, en utilisant la force motrice des chutes d'eau pure et claire qui coule de la montagne. En fait, cette usine est à l'époque la plus grosse centrale productrice d'électricité au monde. Mais alors les allemands veulent utiliser l'électricité? Mais non, tu as raison, ça n'a pas de sens. Pourquoi aller jusqu'en Norvège, pays neutre qui-plus-est, pour de l'électricité?...
Chapitre 2 : Le mystère résolu.
Voici ce qu'il faut savoir: l'entreprise Norsk Hydro produit de l'électricité. Mais son activité première est la production d'engrais. Et pour faire des engrais, il faut de l'hydrogène, qu'Hydro extrait de l'eau (H20. hou, ça va, niveau chimie, jusque là? moi je vais bientôt décrocher). Ahh je sens que tu te doutes de quelquechose. Attends c'est pas fini. Pour extraire l'hydrogène de l'eau, il suffit de faire passer un courant électrique dans l'eau (après l'avoir rendue conductrice en y ajoutant un petit supplément bonus, du Calgon... "les usine de production d'hydrogène durent plus longtemps avec Cal-gon!"-air connu. Mais non pas du Calgon, mais on verra ça plus tard dans l'histoire).
Quelques années avant la guerre, les scientifiques à longue barbe, à blouse négligée et peignant leurs équations à-même les murs et le sol (de vrais scientifiques, quoi) firent une découverte palpitante (du point de vue de ces mêmes scientifiques): un nouveau genre d'atome d'hydrogène, dont le noyau contient un neutron de plus que celui de l'hydrogene classique qu'on peut trouver dans toutes les bonnes épiceries. Ce neutron supplémentaire rend cet atome plus lourd, c'est logique. Il s'appelle...le deutérium, tout à fait. Tu as quand même quelques restes de tes études je vois. Matlab et Denhavit-Hartenberg n'ont pas effectivement tout effacé ça va de soi de ta mémoire. Bref, combiné à de l'oxygène, ce filou de deutérium donne un nouveau type d'eau : l'eau lourde. Tin tin tin tinnnnn!
Aha, on se rapproche! Courage. L'eau lourde existe à l'état naturel dans l'eau, dans des proportions de l'ordre de 0,01%, ce qui est bien mais pas top. Hors, un des effets "secondaires" de la production d'hydrogène à partir de l'eau est que l'eau lourde est beaucoup moins consommée par la réaction que l'eau "légère". Du coup, en répétant le processus, on peut finalement obtenir une eau avec une concentration en eau lourde supérieure, voir de l'eau lourde pur, mais là faut vraiment beaucoup répéter. Et c'est ce que faisait Hydro, qui expédiait son eau lourde à divers autres scientifiques du monde entier afin qu'ils puissent l'étudier.
Une éprouvette de deutérium Hydro à une concentration massique de 99,76%. (tenue par la main d'un vrai scientifique!)Car à l'époque, on ne savait pas vraiment ce qu'on pouvait en faire, même si certains avaient un peu d'avance sur la question...(oui j'introduis ici une notion de mystère, afin de créer un suspense insoutenable. D'ailleurs je n'en peux plus, c'est insoutenable, je vais me jeter par la fenêtre. Adieu!)
Bon je n'ai pas eu le courage par la fenêtre de me jeter. Je continue donc mon histoire. Le mystère pour les norvégiens à l'époque est: pourquoi cet engouement des allemands pour l'eau lourde? Dès leur prise de contrôle de l'usine, ils la placent sous une garde renforcée et font doubler la production d'eau lourde. Mais ce mystère n'en est pas un pour les alliés, qui mennent évidemment de leur côté des recherches ... nucléaires! Ahh ha ha ha! Car oui, l'eau lourde peut être utilisée comme modérateur dans des réacteurs nucléaires à fission utilisant de l'uranium naturel. C'est à dire qu'elle ralentit les neutrons issus de la fission. Il parait que c'est mieux avec que sans... Si vous avez de l'uranium enrichi, alors de l'eau normale peut suffir. Mais à l'époque, j'imagine que nos épiceries n'en avait pas encore en rayon.
L'eau lourde est donc un ingrédient indispensable à l'exploitation d'un réacteur nucléaire. Et qui dit recherche nucléaire dit bombe nucléaire. Et là ça fait tout de suite plus peur. Et si les allemands avaient un équivalent du projet Manhattan? Imaginez les nazis avec la puissance de feu d'une bombe atomique...ça a de quoi inquiéter. Donc l'intérêt des allemands pour l'eau lourde est allarmant. Les convois d'eau lourde partent pour l'allemagne, et bien que ne connaissant pas les motivations finales du Reich, des norvégiens travaillant au site de Vemork, inquiets, commencent la résistance et préviennent Londre.
Chapitre 3 : Les alliés allarmés.
Les services de renseignement étaient semble-t-il peu au courant des recherches en Allemagne. Mais cette production d'eau lourde à elle-seule était suffisante pour alarmer les alliés. Aussi l'arrêt de cette production devint une priorité. Et s'ensuivit une série d'opérations déstinées à contrer les plans allemands et mettre l'usine de Vemork kaputt.

"
Ach ! Meine schweres Wasser Fabrik ist kaputt! Scheisse Norwegern!", comme dira l'autre quelques année plus tard. Mais pas encore.
Ce sont 4 opérations qui vont se succéder, pour être exact, jusqu'à la fin de la guerre, pour
essayer de mettre fin à cette vilaine farce des allemands.
-Novembre 1942 : un commando de paras britaniques est envoyé en planeurs au dessus de l'usine. Entre le planeur qui s'est écrasé et les survivants qui ont été tués rapidement, il n'est resté de cette opération qu'une défense renforcée de l'usine. C'est malin.
-Février 43 : opération la plus spéctaculaire peut-être, à laquelle le film Les héros du Telemark a rendu hommage. Des paras norvégiens, largués dans la forêt, vont survivre pendant des semaines en se nourissant de ce que leur prodigue la nature (du renne cru, en gros), puis escalader des parois rocheuses, traverser un champ de mine, infiltrer l'usine sans être vu, placer des charges explosives et repartir. Et ce également grâce à l'aide de complices à l'intérieur de l'usine, qui en avaient fourni les plans. Ce fut un sérieux coup porté à l'usine, mais malgré cela l'usine est peu à peu reconstruite, et la production, quoique très ralentie, est relancée. Fichtre! Cela dit c'est quand même plus class que ce qu'ont fait les britanniques. Oh on plaisante, c'est vieux, quand-même! Tu ne vas te braquer pour si peu!
-Novembre 43 : face à la reprise de la production d'eau lourde, l'usine est bombardée. Protégée par les montagnes alentours, l'usine n'est que peu amochée. De nombreuses pertes civiles sont à déplorer. On dirait un bombardement américain de nos jours. Hum. Oh écoute il faut bien admettre qu'ils tirent n'importe-où n'importe-comment, non? Allez calme-toi et écoute la fin de l'histoire.
-Février 44 : l'angoisse monte. Une énorme cargaison de tonneaux d'eau lourde doit partir pour l'Allemagne à bord du Hydro (ça s'invente pas). Ce dernier est à quai au bord du lac Tinn. Deux des paras restés depuis l'opération de 43 sont chargés de faire sauter le bateau et d'envoyer sa cargaison au fond du lac. L'opération est lancée, mais les saboteurs ne doivent tromper qu'une très faible surveillance. Le bateau part avec un peu de retard, quelques civils sont à bord, certains périront au fond de l'eau quand le bateau sombrera, quelques minutes plus tard.
Mais un doute subsiste: pourquoi si peu de résistance? Pourquoi si peu de garde pour cette cargaison à priori si importante? Les allemands auraient-ils leurés les alliés, même si la fin de la guerre ne leur a pas laissé le temps de finir leurs recherches? Et si ces bidons ne contenaient pas d'eau lourde? C'est ce qu'une équipe de fous d'histoire et de spécialistes ont voulu savoir.
Bon je fais une petite pause. Ca t'intéresse un peu, quand même? bon.
Chapitre 4 : Le Hydro repose au fond du lac Tinn.
Le tonneau est arraché au sol du lac.
L'histoire refait surface. Le tonneau n°26, comme le laisse voir la peinture encore visible, va bientôt livrer ses secrets.Chapitre 5 : Révélation.
Le but est maintenant de vérifier qu'il s'agit bien de la fameuse eau lourde que les allemands voulaient récupérer. Si ce n'est pas de l'eau lourde, alors ce sabotage, malgré l'héroïsme de ses auteurs, perdra un peu de son sens. Les doutes sont permis: le bateau n'était pas gardé.
Avant de tester cette eau lourde, il faut s'assurer que l'eau n'a pas été contaminée par celle du lac. Un moyen très simple, et je reviens du coup au fameux additif utilisé dans la réaction. Afin de rendre l'eau conductrice y est ajouté de l'hydroxyde de potassium. Ce qui rend l'eau basique. Très basique : pH=14. Hors un test du pH de l'eau du lac indique 9. Donc si l'eau dans les tonneaux à un pH de 14, elle est intacte. Résultat du test : pH=14. Les tests suivant seront tout aussi concordant: les concentration correspondent même à celle inscrites dans les registres originaux.
Mais un doute subsiste encore: la quantité d'eau lourde, étant données les concentrations, ne correspond pas à un programme de grande échelle. Et en effet, après la victoire sur l'Allemagne, les alliés trouveront un centre de recherche qui abritait bien de l'équipement nucléaire, mais seulement un petit réacteur, rien qui laisse penser à une bombe atomique. Reste l'héroisme des saboteurs, et le spéctaculaire des opérations dont la centrale de Vemork fut la scène.
J'espère que c'était pas trop long, moi j'ai trouvé ça passionant. ;-)
Allez A+
PS : les données historiques et scientifiques ainsi que les images sont issues de recherches sur internet et d'un documentaire diffusé sur la chaine National Geographic, concernant la recherche de l'épave du Hydro et de l'analyse de son chargement. Si d'énormes anomalies scientifiques, historiques et orthographiques sont présentes dans ces lignes, parlez maintenant (ou taisez-vous à jamais).